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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 02:57

akb8644L'embonpoint le guette, c'est l'âge qui le veut. Kenji voit augmenter l'épaisseur de ses poignées d'amour à son grand désarroi. Divorcé après 2 ans de mariage, mettant fin à une relation de 8 ans depuis l'université, Kenji est sous pression pour se remarier. "Un divorcé au Japon, c'est trés dur de se remarier" paraît il. L'histoire de l'impossible pour ce biochimiste de 38 ans, sans enfants.

 

Face à son bureau, son collègue américain y a mis des photos de sa famille et de ses enfants. Kenji, rêveur, confie à un collègue japonais."C'est mon rêve de pouvoir mettre des photos de mes enfants sur mon bureau à moi aussi." Sa recherche obstinée de l'âme soeur de rechange amuse son entourage.

 

Il change de coiffure, de style, se laisse pousser les poils au menton, accentue l'excentricité des couleurs qu'il porte. Il fait étalage de ses talents divers, comme gonfler des ballons et en faire des formes de toutes sortes, un bouquet de fleur, un serpent, des couronnes, des bracelets, des étoiles...

 

Parfois il tente des coups de force en demandant le numéro de téléphone de cette jeune hakken en mini jupe et bottes de cuir qui lui décrochent les yeux de son travail quotidiennement. "Allez donne moi ton numéro, on habite pas si loin, si je vais faire les courses au supermarché euh on pourra y aller ensemble comme ça!". La jeune fille lui donne son numéro bien malgré elle, formulant milles et unes excuses du genre "je ne vais pas souvent au supermarché...je ne réponds pas tout le temps au téléphone...je le débranche souvent."

 

A la question de savoir pourquoi l'américain a tant de succès auprès des collègues féminines, l'une d'elle, la plus âgée et abrupte lui rétorque "L'Américain est séduisant, toi non." La brutalité de cette franchise lui laisse sans voix,  les lèvres entrouvertes.

 

Pour compliquer la situation, Kenji n'a plus un sou. "Avec ça en plus les femmes n'épousent pas les hommes qui n'ont pas d'argent." Ses économies, au total 15 millions de yens, ce sont ses parents qui en ont profité. "Mes parents tiennent une boutique de tabac mais ça ne marche pas du tout alors je leur ai tout donné". Une pause. "C'était pour qu'ils s'achètent une maison, mais ils ont dépensé plus des 3/4 dans des croisières et des voyages...et ils ont encore besoin d'argent."

 

Kenji n'en dira pas plus. Il parle peu de sa famille. Son sujet de prédilection, ce sont les femmes, et dernièrement le groupe AKB 48. Ces jeunes filles de 19 ans, montées en groupe musical par un génie des affaires, nourrissent les rêves de Kenji et engloutissent son argent. Le principe veut que le groupe, chaque année, renouvelle ses membres via un vote des fans. Lorsqu'un fan achète un DVD, il obtient le droit d'un vote. Pour les plus mordus, certains vont jusqu'à acheter une centaine de DVD pour obtenir 100 droits de vote et ainsi s'assurer que leur idole préférée demeurera dans le groupe pour chanter et continuer de se déhancher en jupe d'écolière.

 

Kenji est un mordu lui aussi, il achète tous les DVD et les CD et autres dérivés de ce groupe. Récemment, pour son anniversaire, ses collègues lui ont obtenu une dédicace d'une des chanteuses. Trésor précieux qu'il chérit désormais sur son bureau en lieu et place du rêve de famille et d'enfants qu'il plaçait sur l'autel de ses idéaux.

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Published by Giyo Chan
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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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