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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 03:18

Miwako n'est pas une anonyme. Loin de là car elle est politicienne et siège à l'assemblée nationale japonaise (la Diète).. Mais hier, Miwako n'était plus celle que l'on voit dans les meetings politiques, farouche, idéaliste, le symbole d'une lutte des femmes qui accèdent au pouvoir dans une société où prédomine sans contestes. Miwako est devenue hier à la télévision une femme comme les autres. Ou peut être une femme comme certaines autres mais qui font partie des autres.

A 50 ans, l'envie d'enfanter de Miwako et ses échecs répétés lui arrachaient le coeur. Pendant des années, fausses couches après fausses couches, elle n'abandonna jamais l'espoir de pouvoir enfanter et devenir maman, tenir sa propre chair dans ses bras, sentir le parfum de lait et la douceur de son enfant contre sa peau. Alors que les médecins au Japon la déclaraient "inapte" à pouvoir enfanter. Elle alla chercher en Amérique l'ovule d'une donneuse, uni à la semence de son mari puis se fit inséminer l'oeuf. 

 

L'oeuf s'accrocha et l'enfant grandit. L'échographie, mois après mois, dessinait les traits d'un petit être qui doucement prenait forme. "C'est comme un rêve" dit elle, en pyjama, démaquillée, les cheveux en bataille, elle qui prenait un soin impérieux de son image.

Mais on décele déjà à l'enfant des complications. Sa trachée artère n'est pas connectée à l'estomac et l'enfant présente déjà des signes d'une hernie abdominale d'où le foie fait saillie.  Mais l'enfant vit, s'accroche. Miwako, quant à elle, reste sereine. "Son coeur bat, il vit, c'est tout ce qui compte ".

Puis vient le jour de l'accouchement, opéré via césarienne. L'enfant est né, c'est un garçon aux traits caucasiens, l'ovule de la donneuse était anglo-saxon. Mais il débute ses premières heures avec l'estomac relié à un tube où les aliments circulent, sa respiration est assurée par un respirateur artificiel, le foie fait saillie et est recouvert d'une poche spéciale destiné à éviter toute contamination avec l'air extérieure, le corps est velu, le visage bouffi et bleu. Il dort paisiblement, les médecins lui administrant des anti-douleurs en permanence le maintenant dans un état de sommeil constant.

 

Miwako découvre l'enfant, des larmes de bonheur aux yeux. Ses yeux dans les yeux fermés de l'enfant, elle dit "C'est comme un rêve". Elle commence à le nourrir avec son lait maternel via le tube.

Dans ses deux premiers mois, l'enfant subira 6 opérations. L'un pour connecter la trachée artère à l'estomac, l'autre pour élargir le canal respiratoire, le troisième pour résorber l'hernie, le quatrième pour un pontage du coeur, le cinquième pour une restructuration de la circulation entre le foie et le coeur, et le sixième pour... on ne veut plus le savoir. En l'espace d'un mois les opérations chirurgicales se suivent et avec succès. Au troisième mois de sa vie, l'enfant ouvre les yeux, réagit au son de la voix de sa mère, respire sans assistance.

Le visage de l'enfant dégonfle, l'alimentation se fait plus aisée, jusqu'à six mois plus tard, tout semble commençer à aller pour le mieux. Miwako peut enfin lui donner le bain à l'hôpital. Les tubes dans la gorge de l'enfant l'empêchent de crier.

Les mois passent, toujours à l'hôpital, et Miwako prépare le nid de son enfant chez elle. Elle aligne sur une commode des chaussures de toutes tailles. "Ces sandales il les mettra quand nous irons nous promener au bord de la mer". Elle prend une paire de baskets rouges. "Ca c'est quand il sera plus grand et que nous jouerons dans les parcs ensemble, il pourra courir, faire du vélo, jouer au ballon". Elle pose la paire puis la reprend "Est ce que ce sera assez grand ? Je me demande...".

Puis le drame survient, l'enfant s'arrête de respirer brusquement. Le respirateur artificiel est remis. Miwako, les larmes aux yeux, veut croire encore à la vie. "Il est passé par tellement d'épreuves dés les premiers jours de sa vie que je veux croire que ca fera de lui un enfant fort, plus que les autres. Il a subi tant de souffrances et il est toujours là, avec nous."

La cause est trouvée. Le clapet qui sépare le conduit respiratoire du conduit alimentaire s'affaiblit et lors d'une forte inspiration, il a fermé l'arrivée d'air. Une nouvelle opération qui consistera à introduire un tube artificiel pour lui permettre de respirer par la gorge sera mis en place. Mais l'enfant y perdra sa voix.Dans le même temps, l'enfant ne peut plus bouger son bras droit et son pied droit, conséquences de l'arrêt respiratoire qui a privé le cerveau un bref instant d'oxygène. Aprés l'opération, la rééducation commence.

Aujourd'hui, l'enfant peut s'asseoir, à 411 jours. Il a repris 5 kilos, n'est plus intubé, a le visage bien rempli, retrouvé l'usage de sa main droite et de son pied droit, s'agite, rit, joue, observe les yeux béants autour de lui et croise le regard dévasté de bonheur de ses parents.

La leveé de bouclier qui suivit cette émission comprend sur internet les commentaires suivants: "Cette femme est égoiste, elle a 50 ans, elle ne devrait pas être maman, tout ça pour donner à cet enfant une vie de souffrance, c'est une honte."


A voir le courage de Miyako, à voir cet enfant s'accrocher à la vie, mon avis personnel est que ce n'est jamais honteux de désirer la vie.

 


 

 


 


 



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Published by Giyo Chan
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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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