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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 08:19

L'équipe est à son complet et comme toujours, ponctuelle. Une heure avant la cérémonie, les choristes, au nombre de 2 ou 3, la pianiste et le "prêtre" de cérémonie, de type occidental, préférentiellement, écoutent le briefing du superviseur. Chacun jouera son rôle dans cette pièce répétitive, avec pour seule différence le couple à marier, l'endroit aussi, mais le processus et les étapes de la cérémonie elles, restent les mêmes. D'une voix posée mais sans enthousiasme, le superviseur décline le nom des mariés, la présence ou non de leurs parents et ceux qui figureront aux premiers rangs, parmi lesquels des parents, d'autres proches de la famille.

 

Puis vient le moment du rehearsal, le marié et la mariée sont présentés au "prêtre" au nom hollywoodien "Voici le père Bob" dit avec le plus grand sérieux du monde le superviseur. Bob s'incline, avec une déférence empruntée aux souvenirs qu'il avait des hommes d'églises. En leur compagnie, le père de la mariée et la mère du marié, qui devront accompagner leurs enfants respectifs à l'autel. Le marié, déguisé d'un costume blanc en queue de pie, gants beurre frais à la main, le tout emprunté à la compagnie propriétaire de la "chapelle", richement ornée de vitraux figurant des scènes d'inspiration chrétienne. La mariée, elle, est vêtue d'une robe meringue d'emprunt et d'un voile dévalant son dos laissant une traîne de trois mètres dans son sillage.


Pas à pas, chaque étape et chaque geste sont répétés avec Bob. D'abord le marié arrive à l'autel, pivote de 130 degrés sur sa droite quand le prêtre annoncera l'entrée de la mariée. Celle ci empruntera alors d'un pas à trés lente cadence la "virgin road' tenant au bras son père, qui arrivé à hauteur du marié devra lui céder, non sans l'avoir salué au préalable, la chair de sa chair. Le "passage", moment symbolique clé où l'homme s'approprie la fille d'un autre nécessite la maîtrise d'un enchaînement spécifique. Avant que la mariée et son père ne dépasse le banc du premier rang, le marié s'alignera dans la trajectoire du père, s'avançera d'un pas ferme, s'inclinera devant le père, ce dernier, après avoir rendu le salut, prendra la main de sa fille, puis avec dextérité et souplesse, laissera aller son emprise sur son bras et tendra la main (de sa fille pas la sienne!) pendant que le marié aura lui sa paume droite vers le haut attendant de recueillir la paume de sa promise. Sitôt fait, il pivotera de 180 degrés sur sa gauche, enroulant de son bras gauche le bras de madame, tenant toujours de sa main droite paume face à paume celle de sa promise. Le père se rassit et les mariés continuent leur marche nuptiale vers l'autel de Bob qui les attend, avec le même sourire qu'un Michel Leeb.

 

Les yeux rivés sur une Bible ouverte sur un texte apprêté, Bob joue son rôle à la perfection, mêlant émotion, recueillement religieux et rythmant le séant des participants par des assis, debout, assis, debout. Puis sous le rythme des chants du choeur, souvent des morceaux classiques archi connus, vient l'échange des anneaux. Un cérémonial là aussi trés pointilleux car l'anneau doit être porté d'une certaine façon et la main de la mariée selon un certain angle pour laisser au photographe le champ de vision adéquat.

 

Après l'anneau, vient le moment tant attendu du baiser, provoquant déjà dans l'assistance d'étranges gloussements d'impatience parmi les jeunes filles accoutrées de frusques volées dans la garde robe de Marie Antoinette. Après avoir là encore selon les directives, relevé le voile impeccablement pour découvrir le visage de la mariée, Bob entonne les bras en l'air "Vous pouvez embrasser la mariée" la chapelle résonne, s'emplit  du chant des choristes qui n'a nul autre dessein que d'anticiper la couverture des cris au bord d'exploser de l'assistance.

 

Le marié hésite un peu, la mariée elle fait une moue avec ses lèvres destinée à recueillir sur leur bout le bisou immortel qui scellera leur union. Les lèvres se sont touchées et les mariés restent comme pétrifiés, le temps s'est arrêté sous les ordres du photographe officiel "encore un peu ne bougez pas s'il vous plaît", derrière le photographe, une salve de flash est tirée à bout portant sur le couple qui ne dégivre pas. Par moments la mariée jette un coup d'oeil sur l'assistance, ses lèvres collées à celles de son maintenant officiel mari. Enfin tout le monde dehors sous les applaudissements. Bob félicite le papa de la mariée et la maman du marié, puis s'en va dans sa loge, touche ses 15,000 yens pour une performance de 30 minutes.

 

"Le plus drôle, dit Bob, ce sont les variétés de couples que l'on rencontre". Tantôt le grand classique de la femme enceinte jusqu'au menton et le mari l'air d'un paumé les cheveux teints en blonds et constellé de piercings, tantôt le père de la marié enragé, hors de lui, répondant par un "Ouais ouais c'est bon hein..." coupant aux félicitations de Bob. La cérémonie en soi ne se déroule jamais comme le veulent les organisateurs. Parfois le marié tourne dans la mauvaise direction et se retrouve planté devant la mariée alors qu'il devrait saluer le père. Parfois l'inverse se produit, ou le père passe nonchalamment à côté du marié pour conduire lui même sa fille a l'autel et se rasseoir sans jeter un regard au marié qui, lui, reste confus et doit son salut à l'intervention des staffs de la chapelle qui par groupe de six lui indiquent l'autel du doigt.

 

Il y a aussi le bisou raté, qui alors que le suspens met en nage les fleurs les plus sensibles de l'assistance, où le marié en s'approchant dangereusement esquive les lèvres et embrasse madame sur la joue timidement, ou la serre dans ses bras comme deux vieux potes américains s'enlaceraient, ou PIRE encore, lui serre la main. "Ce sont là de bien grands classiques dit Bob, mais on a aussi le coup du marié qui n'arrive pas jusqu'à l'autel parce qu'il n'a pas réussi à prendre le pas avec la musique." A hurler de rire dit-il, car là aussi le staff doit intervenir pour lui faire comprendre que pied gauche ou pied droit, la "Virgin Road" peut s'aborder aussi bien du droit que du gauche.

 

Bob, de son vrai nom Robert, exerce en qualité de faux prêtres depuis trés longtemps, comme Michael. A la seule différence qu'il n'exerce qu'en cas de crise économique. "Les étrangers qui sont profs ou chasseurs de tête ou qui bossent dans la restauration peuvent perdre leur travail trés facilement, donc en attendant et pour arrondir les fins de mois, il y a ce job en or qui vous rapporte 15,000 yens pour 30 minutes de performances. Vu qu'on peut faire deux mariages par jour en haute saison, c'est du beau pognon!".


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Published by Giyo Chan
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commentaires

olympic 2012 apartments 09/02/2012 10:27

That is one time in a life moment and the feeling which you will have in the church could not be compared with anything else

jaranne 05/02/2012 12:10

J'avais entendu parler de ces mariages à l'occidentale, mais je n'imaginais pas un tel folklore ! Jolies petites saynètes !

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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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