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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 08:34

Ne jamais faire de vagues, s'assurer que tout le monde soit contenté, s'assurer surtout que le patron entende ce qu'il veut. La journée se terminera ainsi sans accrocs, les problèmes de la journée seront réglés ou à défaut repoussés à une date ultérieure, le temps que le camouflage se dissipe. Alors on pourra se refaire du soucis seulement lorsque quelqu'un y fourrera son nez. Mais d'ici là, peut être que Yasuda ne sera plus dans le même département. Et dés lors, ce qui pourra bien arriver ne sera plus de son ressort. Il sera parti pour un autre département, comme changer de compagnie, avec un autre patron, un travail et des collègues différents. Ses anciens collègues, le jour où son transfert dans l'étage du dessous sera annoncé, l'inviteront à un dîner d'adieu. Il quittera la famille du département A pour devenir l'enfant du département B.  Il fera un discours d'adieu à chacun disant poliment ce qu'il pense d'eux en bien tout honneur, même ceux qu'il méprise il ne dire que de bonnes choses, afin que tout le monde se quitte en bons termes et qu'à l'avenir, si on se recroise, on pourra compter sur leur collaboration.

 

Ce moment, Yasuda y pense depuis longtemps. A chaque année, lorsque le RH soumet l'enquête de motivation aux employés, à la question "dans quel département souhaiteriez vous acquérir de l'expérience", Yasuda les choisit tous. "Tout pourvu que je me tire d'ici".

 

Mais il porte encore de lourds fardeaux dont il ne parvient pas à se défaire. Des fardeaux qu'il se sait incapable de résoudre si ce n'est par d'interminables réunion de réflexion. Les axes de réflexion d'ailleurs deviendront bientôt aussi indénombrables que les kanjis. "Il faut discuter, qu'on se mette d'accord et qu'on réfléchisse à ce qu'il faudrait dire au président pour qu'il soit contenté de ce qu'il espère entendre". Pour quel résultat ? On s'en moque, pourvu que le cap de la réunion avec le président soit passée, on verra après ce qu'on doit faire.

 

Yasuda approche la petite quarantaine. Il vient d'avoir son premier enfant mais n'en profite guère. Buvant chaque soir avec ses amis, il rentre tard, quand tout le monde dort, et se couche dans une chambre à part. "Le bébé n'est pas trés intéressant quand il est petit, quand il parlera ça sera sûrement mieux peut être".

 

En attendant, l'embonpoint le guette, alors qu'il arborait un style décontracté, des couleurs vives, Yasuda s'est assombri le regard de lunettes épaisses, les cheveux coupés au carré comme un enfant de 4 ans, les signes de l'ennui et de la lassitude affaissent son visage.

 

Son patron, quant à lui, est l'initiateur de ce cycle. Repousser les problèmes, c'est sa spécialité, et c'est devenu celle des autres à défaut de directives plus hardies.

 


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Published by Giyo Chan
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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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