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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 15:19

La chevelure grisonnante, le teint jaunâtre imbibé de beuveries nocturnes, les yeux pendus à l'écran, marmonnant des "kuso" sous le tapotement impulsif de ses doigts bouffis sur le clavier. Voici Tatsuya. 

En le désignant responsable il y a 8 ans d'un grand projet à l'échelle internationale, Tatsuya connut son Age d'Or. C'est lui que l'on consultait pour chaque étape. Les pays à choisir, les partenaires à contacter, les personnes clés à nommer. Tout était en son pouvoir. 

8 ans plus tard, les graines semées n'avaient donné que des fruits pourris, des gouffres sans fond où s'écoulent désormais des sommes d'argent incapable de combler les déficits. "Tous des cons ces directeurs" se prend il à pester dans le brouillard de ses cigarettes. La direction ne le suit plus désormais, et pour cause elle a changé. 

"Ils n'ont aucune idée de comment gérer les affaires à l'extérieur du Japon, ils ont pris des décisions suicidaires et c'est moi qui doit réparer leurs conneries!!". Il ne se passe pas un lunch, pas une pause café ou cigarette sans que Tatsuya vomisse sa réprobation de sa direction. 

Depuis 4 ans déjà, pas de vacances. Pas de vrais congés annuels, peut être 3 jours successifs au plus. "Impossible de prendre des vacances, on me contacte sans arrêt pour régler un nouveau truc et vu que personne dans le département dont j'ai la charge n'a la capacité de le faire je suis obligé de rester". 

Tatsuya se soigne de façon anarchique. Le défaitisme chronique, les sautes d'humeur, la confusion, l'accumulation d'erreurs d'inattention n'en finissent pas d'alourdir son fardeau déjà bien encombrant. 

"Il boit tous les soirs jusqu'à trés tard" dit une collègue proche. "Il lui faut 2h30 pour rentrer chez lui, et il rentre souvent vers 2h00 du matin, pour se réveiller à 4h30 et repartir au bureau". Tatsuya vit ce train de vie depuis 4 ans maintenant, traînant avec lui un douloureux problème d'estomac l'immobilisant 5 à 6 fois par an chez lui. 

"Ma femme m'attend tous les soirs endormie sur le canapé" dit Tatsuya. "Je hais cette compagnie, je perds mon temps à fixer leurs bricoles et je détruis ma carrière" reconnaît il, à peu près lucide. Mais jamais il ne pourra la quitter selon lui. La raison ? "C'est une compagnie à trés bonne réputation, ma femme refuse que je la quitte.." 

Tatsuya a gagné ses galons littéralement à la sueur de son front. "C'est un sacré coriace" dit en riant le président.

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Published by Giyo Chan
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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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