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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 13:14

Comme chaque matin, Taka est arrivé de bonne heure. Déjà  autour de son bureau, une odeur épaisse et piquante embaume le périmètre. Taka ne mange jamais rien le matin, il n'ingurgite qu'un demi litre de café.

 

Depuis 8 ans, Taka a bâti sa spécialité dans le département, la gestion des envois à l'internationale. Son rôle exact est d'assurer l'intermédiaire entre le centre d'expédition et le transporteur maritime. Chaque semaine, à chaque jour sa tâche propre. Et ainsi de suite, en boucle répétitive, chaque semaine, le même cycle.

 

Le travail de Taka n'est pas de tout repos: vérifier la quantité des produits réceptionnés, vérifier les dates de mise en paquet et d'expédition, donner l'autorisation d'envoi, faire parvenir les Bill of Lading au destinataires, corriger les problèmes dans la base de données, gérer les problèmes inopportuns. Bref un train-train auquel Taka s'est parfaitement habitué.

 

Hormis l'odeur omniprésente, Taka n'a jamais l'air guère commode à son bureau. Le front plissé, les sourcils froncés, les pieds trépignant accompagnés d'une respiration haletante, les yeux harponnant l'écran de son ordinateur.

 

Arrivé à 8 heures du matin, Taka ne déjeune jamais avant 15h00, et souvent frugalement, un manga en guise de compagnie. Parfois, lorsqu'un nouveau membre rejoint le département, il l'entraîne dans son bijou.

 

Le bijou en question est un restaurant servant des portions de pachyderme qu'un estomac humain ne pourrait ingurgiter en totalité. C'est là le jeu favori de Taka. On commande une portion LL (la plus large) d'un curry pour 800 yens et la portion servie tient sur 45x15 centimètres et déborde de l'assiette. Le jeu consiste à tout avaler et comparer les scores des précédents. Machin a mangé tout, Bidule a abandonné après la moitié...

 

Puis retour au bureau, avec la malheureuse victime pleine comme un oeuf et tenant difficilement les yeux ouverts. Taka aime ces petits événèments, sans doute les seuls qui lui arrachent un fou rire et un long sourire au travail.

 

La journée s'achève souvent à 21h00 pour Taka, pour des raisons qui laissent son manager perplexes. Taka s'embourbe dans des travaux annexes inutiles et répétitifs.

 

Le même manager, un jour, lui demanda de réserver des chambres et un restaurant pour des clients en provenance d'Asie. A 22h00 du soir, il téléphone à son manager et, hors de lui, hurle "JE SUIS INCAPABLE DE FAIRE CA".

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Published by Giyo Chan
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commentaires

jaranne 28/12/2011 19:08

Il faut croire que ces situations répétitives le sécurisent et que le moindre changement ou rajout à son quotidien peuvent provoquer une grande panique, comme un enfant ! Quoique.... un enfant a
une capacité d'adaptabilité très grande...
Dramatique....

Giyo Chan 08/01/2012 06:06



C'est vrai, mais que dire d'un enfant de 37 ans !



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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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