Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:40

Les rangées de fauteuils cuisent par dessous, alignées, les jambes s'agglutinent sur la plaque chauffante qui invite à la torpeur. Les rares malchanceux se tiennent debout, agrippés à une poignée de fortune et s'abandonnent au sommeil.

 

Le sol du train est gris, pas très propre, il n'y a rien à voir. Si ce n'est ce petit point noir jaillit de l'ombre, qui cavale sur cette fausse terre lisse.

 

Il cherche un refuge, un endroit où se caser. Des chaussures le bloquent sur son passage, il les dévient pas sans les avoir reniflé avant. Sa première chaussure est une paire de mocassins, usés à l'avant au cuir gratté et un cirage défectueux, un pantalon de coton froissé à l'ourlet remonte la silhouette d'un quinquagénaire qui gondole la tête en avant; le bras en l'air tourbillonnant sous l'effet d'un trop plein d'alcool.

 

Le cafard s'éloigne du vieux salaryman pour aborder le pointu d'une botte à talons. Elle remonte des jambes mises à nues, voilées d'un collant noir; jusqu'au sommet de la cuisse abruptement couverte d'une mini jupe rose à pois blanc, un Winnie the Pooh accroché à la ceinture, surmonté d'un barda infernal de sac rose et veste ravagée de pin's. La jeune fille est coiffée d'un casque géant reliée à un Ipod riquiqui pendant à son cou, de sa main droite tapotant son portable, de l'autre se tenant à la poignée.

 

Le cafard aborde le talon mais s'y plante et rebrousse chemin. Il fixe une paire de tennis dont l'un des pieds tapote le sol. Il s'y risque et passe dessous, la chaussure l'engloutit mais il est indemne. Il s'accroche à un morceau du basket pendant qui dévoile d'autres imperfections tout autour. Les chaussures sont dans un triste état mais le cafard se loge dans l'interstice ombrageux creusé par l'usure. Les baskets sont étrangement recouvert d'un pantalon de toile. Le pantalon d'un costume dont la cravate ceint encore le cou du jeune salaryman.

 

Lui ne s'agrippe pas à la poignée, il joue du pied et des genoux pour amortir les chocs du mouvement du train. Il joue à la console, tape de son pouce gauche sur la manette, les yeux exhorbités, apesantis de fatigue, une coiffure dont la charpente du matin a cédé. Il rentre, déconnecté de sa journée, avec le cafard dans sa chaussure.

 

Tout le monde dort.

 

Encore ce sol gris et sale.

Partager cet article

Repost 0
Published by Giyo Chan
commenter cet article

commentaires

jaranne 28/02/2011 08:45


beau petit court-métrage ! merci d'être revenu !


Présentation

  • : Les autres Japonais
  • Les autres Japonais
  • : Exploration sociale de la vie d'un étranger au Japon
  • Contact

Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

Ecrire à l'auteur

Archives