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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 13:03

Paul est originaire d'Irlande, arrivé au pays il y a bientôt 7 ans, mains dans les poches et sans aucune notion de japonais. Il avait abandonné sa carrière de journaliste à Londres pour refaire sa vie en Asie, et le Japon fut son choix.


 Débuts laborieux, professeur d'anglais chez Nova dans des conditions suffisantes pour séjour bref, mais assassin dans le cadre de la construction d'une vraie carrière. Après deux ans d'enseignement, dont les revenus étaient complétés par des leçons de conversation privées, Paul mordit à l'hameçon d'une annonce de poste dans une société de recruteurs, métier vanté comme étant une voie royale dans le commercial mais la vérité est toute autre.


A son entrée dans la compagnie, les règles du jeu sont posées très simplement. "On m'a mis dans un bureau , un téléphone, un annuaire et je devais récolter le nom d'une centaine de personnes par jour et en ramener 50 à la compagnie pour les enregistrer dans la base de données, quels que soient leurs positions, leur occupation et ce avant 3 mois ou c'était la porte". Ce jour là les nouvelles recrues se comptaient au nombre de 8. Dans les 6 prochains mois seuls deux resteraient.


La première moitié partit avant les 3 mois, dégoûtés par le métier qu'ils jugèrent stupide, et d'autres qui n'ont pu atteindre leur objectif dans les temps. Paul fut parmi ceux qui demeurèrent même si les moyens qu'il avait fallu mettre en oeuvre avaient été épuisants. Autour de lui une concurrence rude et sans pitié, un nom a une valeur qui pouvait avoir la chance de remplir le portefeuille d'un recruteur d'un million de yens. Les listes de noms récoltés disparaissaient parfois des bureaux lors d'une pause café, ou déjeuner...


Le management, vénérant la logique de la statistique, n'évaluait les employés que sur les performances de ventes. Le plus agressif et opportuniste gagnait leurs plus grande faveur et en retour la jalousie de ses collègues. "Les gens allaient et venaient, en un an le turn over était proche de 90% et je ne connaissais plus personne!".

Trois ans plus tard, c’était un Paul pâle, vidé de son âme et sans but professionnel précis si ce n’était celui de planifier pour d’autres parfaits inconnus des carrières extraordinaires. « Si on reste plus de 3 ans là dedans, c’est foutu pour l’avenir, on est trop expérimenté dans le recrutement et les RH ne sauront pas lire autre chose que ces seules capacités limitées somme toute… ».


Alors il décroche un beau jour, quitte la compagnie sur un coup de tête, pour ne plus jamais remettre les pieds dans cet emploi sans issue.


Un an plus tard pourtant, Paul se marie, trouve un emploi dans une banque internationale. « J’ai toujours gardé en tête de ne jamais revenir au recrutement, j’ai frappé à toutes les portes sans jamais perdre espoir, et c’est un peu par miracle que je suis là où je me trouve, ou peut être est ce parce que j’ai toujours cru que quelque chose de bon arriverait au bout du compte. ».


L’histoire singulière de Paul m’amène à penser qu’elle pourrait être celle de n’importe qui. Le succès est une question de volonté et une question d’assumer le choix que l’on fait. En quittant le recrutement Paul a passé une année en enfer, voyant ses ressources liquides diminuer, travaillant de petits boulots pour survivre, mais poursuivant sans relâche le but qu’il s’était fixé.

 

Mais le succès, la persévérance ont un coût. Comblé certes aujourd’hui, Paul a pris physiquement dix ans, la santé désormais fragile, rongée par un stress passé dont les répercussions persistent et l’handicapent de façon irrégulière chaque année. « Mon père pensait qu’en m’envoyant à l’université, la vie active serait bien plus simple que de son temps où il a construit sa ferme de ses propres mains. Et bien j’ai l’impression d’avoir atteint déjà un niveau de santé plus grave que le sien en seulement 5 ans! »

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Published by Giyo Chan
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commentaires

Laurent 22/01/2012 04:02

Bonjour,

toujours des articles intéressants.

je me dis que j'ai bien fait de ne pas choisir la boite de recrutement et de commencer doucement dans ma boite pour y grandir sereinement.

Giyo Chan 22/01/2012 05:24



Bonjour Laurent, cela fait tres longtemps, content de te revoir! Paul, lui, a quitte, le Japon comme beaucoup d'autres apres le tremblement de terre pour emigrer a Hong Kong et Singapour...



bakapulu 05/05/2010 09:00


je me demande aussi bien pourquoi il y a tant d'étrangers au Japon qui font ce boulot? Il éxiste, je suppose, déjà pas mal de chasseurs de têtes japonais (?)
Est-ce un travail qu'on propose particulièrement aux étrangers? Ou est-ce un travail ou le fait de s'adresser en anglais à son interlocuteur ^permet de tester l'anglais de ce dernier ou de prendre
le dessus sur lui?


Giyo Chan 05/05/2010 09:33



C`est le seul travail qui ne recquiert pas de maitrise du japonais. Avec ca, prof de langues, consultant financier (broker dans des companies de conseil d`investissement), ce sont les boulots les
plus accessibles pour les etrangers. Hormis prof de langues, tous les autres metiers sont de la pure vente et n`importe qui avec une fibre commerciale peut les essayer. Apres pour l`anglais je ne
sais pas. Vu que les compagnies utilisant des recruteurs sont des compagnies etrangeres, ils recherchent surtout des japonais parlant anglais.



bakapulu 05/05/2010 06:01


les boites de recrutement ont du laisser pas mal de monde sur le carreau, surtout avec la vague de licenciements due à la crise.
Il parait parfois difficile de trouver une bonne balance entre argent, plaisir et qualité de vie dans le travail quand on est étranger, au Japon et ailleurs j'imagine.
Faut-il se contenter d'un salaire très moyen et aimer son boulot? Ou faut-il mordre la poussière contre de jolis bonus et un CV ?
Qu'est-ce-que tu en penses?
En tous cas il s'en est bien sorti Paul!


Giyo Chan 05/05/2010 07:37



C`est vraiment propre a chaque cas. Certains travaillent uniquement pour l`argent. D`autres pour construire quelquechose, et d`autres enfin qui ne savent pas pourquoi si ce n`est "ben faut bosser
quoi". A chacun de trouver sa voie ! Certains peuvent trouver dans ce style de vie leur satisfaction.


Un consultant qui m`a un jour fait une formation m`a dit ceci "Le succes est une affaire personnelle, qui ne depend d`aucun code social ou de schema pre-fabrique, c`est un etat d`esprit propre a
la personne": un pompiste qui veut etre pompiste a reussi sa vie. Paul s`en est bien tire, mais il a tire la langue aussi...



Goma 05/01/2010 07:17


Salut giyochan! Je ne sais pas si tu te souviens de mes commentaires.

En tout cas je suis vraiment content que tu nous decrives un autre personnage.
J'en veux encore et toujours :)


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  • : Les autres Japonais
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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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