Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 15:17

« J’ai mon compteur Geiger, avec ce que racontent les médias japonais, et l’hystérie des médias étrangers, je préfère me faire ma propre petite idée » dit Michel. Comme beaucoup d’entre nous, il a suivi les conseils de notre ambassade. Il est resté au Japon, mais plus à l’ouest.  Comme nous tous, il est revenu quelques jours plus tard. Des regards curieux de ces collègues. Certains savaient par la télévision que notre ambassade nous avait enjoints de quitter le Kanto « dès maintenant ». D’abord évacués, nous devenons des fuyards, honteux, excusés par notre ambassade face au pays où nous vivons, où nous travaillons. Certains de ses collègues trouveront à y redire. D’autres seront plus compréhensifs.

 

D’autres français, qui avaient fait le choix de rester, certains parmi eux se montreront plus japonais que japonais, poussant la « loyauté à nos employés japonais » à l’outrance, profitant du « déshonneur » de la peur de leur semblables pour saisir une opportunité. « Ces gens-là croient être meilleurs que nous parce qu’ils pensent s’être comportés comme des japonais modèles. C’est vrai que beaucoup de japonais ont continué à aller au travail. Mais dans ma compagnie, seuls 40% des effectifs étaient présents du 14 au 22, la peur n’était pas seulement chez nous… ».

 

Il était parti pour le Kansai, où beaucoup d’étrangers étaient allés se réfugier. Mais pas seulement des étrangers. « Il y avait cette japonaise avec ses deux enfants. Elle était arrivée de Tokyo deux jours auparavant et elle m’avait dit qu’elle avait fait les procédures pour obtenir un passeport. Son idée fixe était de quitter le Japon le plus vite possible. Des gens comme elles il y en avait énormément. ».

 

Et pendant ce temps-là, Rie, 30 ans, de la région de Sendai, me parle de ce miracle qui s’est produit le 11 mars. « Mon père était à Tokyo pour l’assemblée générale de sa compagnie pendant que sa maison, notre maison était emportée par la mer. »

 

Yasunori, 55 ans, dont la famille vit a Fukushima, me raconte la peur dans laquelle il vit depuis un mois. « Mes cousins et leurs enfants et leurs petits-enfants vivent tous dans le même village.  Ils risquent de devoir le quitter car trop proche de la centrale. »

 

Noriko, 32 ans, dont toute la famille vit dans la région de Sendai, a quitté son travail le lendemain du 11 mars et n’est jamais revenue.

 

Rie, Yasunori, Noriko, aux vies bouleversées, ils sont des dizaines de milliers comme eux aujourd’hui : perdus, ballotés, sans présents, ni passé.

 

Et face à eux, un monde qui sombre inexorablement dans l’hystérie des petites peurs.

 

« Si tu sais garder ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront….Tu seras un homme» - Rudyard Kipling

Partager cet article

Repost 0
Published by Giyo Chan
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les autres Japonais
  • Les autres Japonais
  • : Exploration sociale de la vie d'un étranger au Japon
  • Contact

Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

Ecrire à l'auteur

Archives