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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 13:22

Takashi est arrivé bien avant 8h30 ce matin. Bien avant tout le monde en fait, pour un manager de département, c'est normal. Il faut montrer l'exemple. Du moins non, il y a surtout beaucoup de pain sur la planche et il faut s'assurer de finir avant 17h30, sans quoi il faudra faire des heures supplémentaires, ô combien défendu un jour de "no zangyo" (pas d'heures supp littéralement).Ce sont les règles de la compagnie. Point.

 Alors que l'horloge tourne, Takashi regarde si les subordonnés ont fixé les imperfections lors du dernier examen "5S" qui vise à s'assurer que tout est bien rangé, bien propre, bien étiqueté et caetera. Dans le placard 14, le nom d'un carton contenant des dossiers est "périmé" il faut rallonger la date de "péremption".De l'année 2012, mois de mars, la nouvelle date sera étendue de 6 mois. Pourquoi 6 mois ? On fait toujours 6 mois, et depuis 4 ans tous les 6 mois on étend toujours de 6 mois.

Bien malin ce gaijin qui pour ne pas avoir à passer par ce travail de Sisyphe, a carrément étendu la date de péremption à 2016. Il ne fait pas comme les autres celui là, décidément il est différent, mais que lui dire car il n'y a pas de règles à ce sujet. Les autres font pareils ? Non justement, tous ne font pas la même chose, son supérieur notamment s'en contre fout et fait n'importe quoi, pour la prochaine réunion ISO ça va faire propre sur le rapport: "Le département de Takashi est le département le plus mal rangé et le moins propre". La honte.

On va tenter d'expliquer à ce gaijin qu'il faudrait faire les choses un peu comme les autres, ceux qui font bien comme Takashi veut. Mais le gaijin, sa main à en couper, n'a pas les yeux dans sa poche et flaire lui aussi la moindre faille aux règles édictées ,et soi-disant inviolées , par Takashi.

Et voilà il a encore trouvé le moyen de dire "Machin ne fait pas comme ça, alors quel est le standard exact, expliquez moi je vous prie". Et en plus il écrit en anglais, chaque fois que Takashi lui écrit en japonais, ce gaijin lui répond d'abord en japonais puis l'un et l'autre ne se comprennent pas. Takashi n'est pas assez clair, le japonais du gaijin est un peu bizarre et Takashi ne comprend pas bien. Le gaijin perd patience et lui écrit en anglais. "Pour parler un langage plus direct" dit-il. Et à chaque fois, Takashi reste pantois.

Sur le plan de l'anglais, il le parle trés moyennement mais ne peut faire de concurrence au gaijin. Il a beau eu essayé de s'en débarrasser. "Dans cette compagnie, personne ne parlera jamais anglais, ici c'est une boîte japonaise...Comment ? Ah oui la compagnie veut être globale, oui, mais elle est avant tout japonaise, donc ici tout est en japonais et jamais en anglais. Tu comprends ou quoi ?" Peine perdue. Décidément le gaijin ne lâche pas le morceau. Pire, maintenant le supérieur de Takashi ne parle plus qu'en anglais avec legaijin, même les emails sont en anglais.

Takashi ne comprend pas bien ce qu'il se passe. Rien qu'hier, il fait remarquer au gaijin qu'il n'a pas de sceau spécifique pour tamponner les mémos avec son nom, le nom de son département et les dates. Comment ça on lui a dit qu'une simple signature ça suffisait ?

A quoi servent tous ces meetings ISO qui valident les procédures et les règles pour chaque chose si avec l'arrivée d'un gaijin, tout peut changer du tout au tout et qu'on commence à faire des exceptions ???

En plus il ne comprend pas bien ce qu'on lui dit. Il parle trés bien japonais, il lit, il écrit mais quand bien même il comprend chacun des mots que l'on dit, il ne voit pas bien où Takashi veut en venir.

Takashi est réputé intelligent et logique, brillant pour l'analyse et la mathématique mais chacune de ses instructions rendent un écho unique dans l'oreille de chacun, y compris parmi les japonais.

Du coup, Takashi reste prostré toute la sainte journée à son bureau, le visage fermé, regard impassible, traitant tout ce qui lui passe devant les yeux avec la procédure existante.

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Published by Giyo Chan
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commentaires

Olivier 28/05/2012 09:10

J'aime beaucoup votre blog, on entre dans l'intimité des japonais, un peu plus loin que le tatemae habituel.

Giyo Chan 28/05/2012 13:10



Merci d'etre passe Olivier ! Les portraits que je fais sont ceux de gens que je croise. Depuis 2008 ce sont essentiellement ces gens que je croise au hasard, des gens de mon choix. Mais  je
suis desormais preneur de sujets s'il existe un type de personne que vous souhaiteriez me voir chercher et depeindre, ou qui compte deja parmi mon entourage, je serais heureux de m'y atteler, ce
message s'adressant bien sur a tous les lecteurs de ce blog.



Olivier 18/03/2012 17:07

La barrière de la langue ne s'arrête pas à la grammaire...

Giyo Chan 22/03/2012 13:32



Ah et pourtant! Si seulement cela pouvait être aussi simple



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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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