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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 13:28

13 ans d'ancienneté, confortable dans ses chaussures à ponpons beige ocre, troqué le souvenir des maigres années qui fit ses charmes pour des tenues qui l'effacent, Akiba s'est durablement enracinée dans le département qu'elle n'a pas quitté depuis 10 ans.

 

Ancienne, donc expérimentée, en principe, elle sait rappeler aux petits nouveaux que les vétérans, on leur doit le respect, leur savoir est également nécessaire à tous.  "Pourquoi tu ne me poses pas de questions ?" dira t-elle à l'imprudent(e) qui n'aura pas daigné se ressourcer auprès d'elle, ce qui en général aboutit à l'effet escompté.

 

Akiba aime se mettre en valeur, dire ce qu'elle a accompli pour le département, les projets dans lesquels elle s'est investie, les conseils que beaucoup de gens lui demandent.

 

Keiko, la jeune nouvelle, a été prise d'assaut dès son premier jour par Akiba. Elle est impressionnée. Au lunch, avec quatre collègues dont deux hommes, elle reçoit un différent son de cloche. Naruto, le chercheur recyclé en marketing, extravagant, au doux surnom de Docteur Jekyll et Mr Hyde pour ses sautes d'humeur déraisonnées, explique comme un professeur faisant la leçon "que mieux vaut ne pas trop écouter Akiba car pour la majorité de ce qu'elle raconte, tout est faux ou son implication dans ses soi disant gros projets ne sont que du vent". Même son de cloche d'Akira qui fait dans le tranchant "elle est folle". Les filles, Sachiko et Saori, deviennent hystériques rien qu'à parler d'Akiba. "Sans prévenir elle fait des coups en douce, s'immisce dans le boulot des autres et prends des initiatives sans prévenir les responsables qui sans comprendre se retrouvent avec un énorme pépin à régler sans même savoir d'où ça peut venir..."

 

Mais que fait donc Akiba ? En 10 ans de travail, ses résultats n'ont été que complications, confusions, et dissimulation d'informations vitales.

 

"Tous les managers qui se sont succédés n'ont rien trouvé d'autre que de lui confier une tache que personne ne fait". mais qui à terme s'avère vitale pour les opérations à mesure que la compagnie se développe et "à chaque fois le même problème se renouvelait, avec à chaque fois un nouveau manager qui ne pigeait rien du tout à la situation!".


Un licenciement pour faute grave ? Non, car le problème d'Akiba n'est pas la faute grave. Pour Naruto "sa nature est comme ça, dans le travail elle ne fait que ce qu'elle aime et zappe tout ce qui l'ennuie, donc elle est infoutue de faire quoi que ce soit!".

 

Dernier manager en date, Hamada ne sait que faire d'Akiba avec qui plus un seul des 25 membres du département ne veut travailler. "Je la colle comme mon assistante" cèdera t-il. Désormais, Akiba s'occupe de mettre en forme les rapports financiers, de corriger les chiffres si erreur il y a...

 

"Je suis responsable de la stratégie financière de mon département" chantonne t-elle à des collègues d'un autre département, qui, eux, restent éberlués par l'impressionnante Akiba.

 

Ce matin là, Hamada revient d'un meeting avec le management, le visage suant, rouge de colère, une pincée d'écûme aux lèvres. "AKIBA!!" hurle t-il dans sa direction. Elle sursaute et se presse vers lui en trottant. " Vos chiffres sont faux archi faux, vous êtes sûre d'avoir vérifé correctement??? Et ça c'est du n'importe quoi, le président est furieux!..."

 

Akiba, faisant la moue, répondra d'une voix assurée "C'est bizarre parce qu'en général le président ne vérifie jamais, ça passait toujours avant, oh ça devient pénible ce travail à devoir tout vérifier maintenant".

 


 

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Published by Giyo Chan
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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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