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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 03:03
Un sourire fige sur son visage de marbre blanc, Junko reste a l`affut du regard des clients. Chaque personne entrant est accueilli par un radieux "irrashaimase". Le client deambule parmi les rayons de produits exposes, Junko ne les derangera pas, du moins tant qu`ils ne la solliciteront pas. Un client  s`encombre de trois paquets, aussitot Junko se precipite avec un panier et se propose de lui porter jusqu`a la caisse. Le sourire n`a pas defailli il est reste le meme du debut a la fin. Le client satisfait repart, Junko l`escorte jusqu`a la sortie, ses achats dans un sac minutieusement ferme qu`elle lui tend en le remerciant d`une reverence. "Mata o koshi kudasaimase!".

Ce rituel, Junko le repete 5 a 6 jours par semaine durant toute l`annee, avec un break de 5 jours a la periode du Nouvel An. Sa boutique, au coeur meme d`un complexe commercial dit department store, opere depuis 15 ans. Junko, elle, y travaille depuis 10 ans. Elle a debute sa carriere comme apprenti dans cette meme boutique, puis gravit les echelons petit a petit pour en devenir la" tencho", la gerante. Chaque jour, elle debute a 12h00 mais arrive toujours a 11h00, et termine sa journee a 22h30 apres avoir clos la caisse et finalise la comptabilite du jour. Elle prend une pause dejeuner d`une heure dans son habituelle kissaten (cafe), ou, emmitouflee dans une polaire rose, elle fume ses 5 cigarettes de midi, le regard perdu dans un repit d`evasion. Le sourire s`est efface. Kawaguchi, le gerant du cafe, lui fait d`ailleurs remarquer les rares fois ou elle mange avec le sourire.

Ce sourire, elle veille a ce que ses employees le garde en permanence, se souciant de leur sante, de leur humeur, de leur moral, demandant si quelquechose ne va pas en cas d`humeur maussade. L`atmosphere de la boutique est chaleureuse, et ce grace a ses bons soins, son professionnalisme et son souci du travail bien fait. "Le client apprecie faire son shopping dans une boutique ou les gens font leur travail avec le sourire" dit elle.

Les weekends, Junko rentre chez ses parents pour jouer avec leur chien, ou s`emerveiller du jeune nouveau ne de son frere.  Dans la semaine, elle vit seule dans une piaule, un 20 metres carres dans un batiment construit durant la bulle speculative, et ou elle passe ces nuits seule avec son ordinateur et ses songes.

Junko a 35 ans, elle a depasse "l'age raisonnable" pour se marier et elle le sait. Pourtant elle ne desespere pas de trouver quelqu`un. "Mais pas un japonais" dit-elle. "Je travaille comme un salaryman moi meme, je ne veux pas vivre avec quelqu`un qui vit la meme vie, mais quelqu`un qui acceptera que je sois moi meme lorsque je ne travaille pas". Elle prefererait un Europeen, pas un Americain. Le pourquoi ? "Les gens vivent bien, ils savent vivre". Junko n`est jamais sortie du Japon, ni de son travail. 

Il est a se demander comment ces femmes percoivent la fuite de leur temps. Junko sait que le temps passe. Autour d`elle les membres de sa famille fondent a leur tour une autre famille. Quant a elle, elle n`a que sa boutique qui vieillit avec elle. Certains murs voient leur peinture se defaire, craqueler, dans les coins, les toiles d`araignees melees a la poussiere s`accumulent en moutons, mais les eclairages gardent le meme eclat.

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Published by Giyo Chan
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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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