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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 02:13
La trentaine bien entamee, la coiffure moulee par l`oreiller, trainant des pieds , Monsieur Nakada ne se souvient plus de ce qui l`a conduit a travailler pour XX K.K. Alors qu`une revolution interne se prepare, une volonte du management de devenir une compagnie internationale, globale disent ils, Monsieur Nakada doute.

"Les choses sont etranges en ce moment" dit-il. Bien que travaillant dans le departement international, dont l`horizon se fixe aux frontieres de la Chine, Monsieur Nakada cultive la pensee que partagent ses coreligionnaires: "Ce qui n`est pas japonais, ce qui ne ressemble pas au Japon, ne peut etre realisable". Comme l`embauche progressive de non-japonais dans la compagnie.

"Ils ne sont pas japonais, ils ne peuvent pas comprendre" soutient-il avec peu de conviction, comme un texte appris par coeur. Les matins ou il anime les reunions de depart, comme chaque jour a 9h00, ou l`on demande a chacun d`informer le groupe sur ses dispositions particulieres, Nakada repete le meme texte. Chaque reunion se conclue par un "1分speech" (Speech d`une minute) ou l`on doit parler de ce qui nous passe par la tete, pour connaitre l`etat d`esprit des gens selon le management.

Le sujet favori de Monsieur Nakada: Disneyland. Une etape incontournable du Japon selon lui. Chez lui, les icones de Mickey et Donald y sont d`ailleurs tres presents, jusque dans sa facon de s`habiller.

Monsieur Nakada n`a rien de mauvais. A 35 ans, il prend plus soin de lui que ne le font les gens de son age, engloutissant une douzaine de medicaments a chaque signe de rhumes, se couvrant les jambes d`une couverture dont il ne se defait pas meme lorsqu`il se deplace dans les bureaux, lavant ses mains a l`alcool a 90 ainsi que son bureau et son clavier. Chaque matin un petit polo gris qu`il revet tous les jours l`attend sur le dossier de sa chaise.

Nakada est marie, mais un mariagequi suit une logique relativement recurrente qui consiste a se voir le moins possible pour se supporter. A la question de savoir si un membre de notre famille etait parti en Amerique ou autre pays a haut risque du a la grippe porcine, Nakada repond timidement "La semaine derniere, ma femme est partie a Hawaii avec un de ses oncles".

A la question de savoir s`il veut des enfants, Nakada me repond apres quelques secondes de reflexion "Avoir des enfants, cela coute cher, surtout lorsqu`on devra les envoyer a l`ecole, les examens sont tres durs, et cela risque de prendre du temps sur mon travail."

Les soirs alors meme que les bureaux se vident a 18h30, Monsieur Nakada saute d`une fenetre a l`autre sur son ordinateur, regarde les informations, ouvre Word, tape trois mots, ferme le fichier sans le sauver, relis des emails maintes fois lus. Il restera la jusqu`a une heure incertaine car je serais parti de mon cote.

A l`oree d`un changement qui se veut ineluctable, Monsieur Nakada, au temperament peu volontaire, fait partie de ceux dont la rupture avec la tradition fait peur. Quitte a changer, autant laisser d`autres le faire, mais lorsque le changement devient l`affaire, la responsabilite de tous, Monsieur Nakada s`enferme dans le doute et n`offre comme seul reponse "C`est difficile".

A la question enfin de savoir pourquoi il travaille ici, il repondra "Parce que de toutes facons, il faut travailler".

Camus avait ecrit, citation que j`avais mentionne dans un article precedent, "L`homme absurde est celui qui sans le nier ne fait rien pour l`eternel". Ma reaction premiere aurait pu etre celle ci a propos de Monsieur Nakada.

Mais en regardant autour de lui et autour de moi, cette attitude qui met en avant le risque de l`echec, de la defaite, le refus, l`evitement absolu de prendre toute responsabilite semble etre, pour beaucoup, une norme.














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Published by Giyo Chan
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bakapulu 02/06/2009 03:33

Oui...après tout c'est peut-être sa version du bonheur!

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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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