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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 13:14
Laetitia, 30 ans, brune, cheveux courts, un regard de charbon revient du travail, a moitie somnolente sur la banquette de la Sotetsu sen.

Il y a 6 ans, retour en France, ou, alors qu`elle venait de finir son universite, le systeme lui a fait comprendre qu`un jeune diplome meme de 5 ans d`etude, ne valait plus grand chose sur le marche.

"La logique est que les gens de mon age a l`epoque se decidaient pour l`Angleterre, j`ai choisi le Japon car j`ai toujours ete attiree par l`Asie". Elle s`envole pour Tokyo pour y reprendre ses etudes a l`Universite Todai. 3 ans passent, elle maitrise la langue a la perfection et se lance a la recherche de son premier travail.

Sans visa, ni situation familiale "rassurante" entrant dans les criteres de preferences de recrutement, elle fait appel au doyen de son universite qui lui fait la  faveur d'une recommandation personnelle au president d`une grande compagnie japonaise.

L`entreprise la rencontre et lui propose, a contrecoeur, un poste. "Ils n`avaient pas l`air emballes, ce n`etait pas un entretien d`embauche, c`etait davantage une discussion pour me dissuader de vouloir rentrer chez eux. Mais je n`ai pas demordu".

Les premiers jours sont effervescents, Laetitia est la premiere etrangere a travailler dans l`entreprise.

" Tout le monde voulait me dire un mot, meme un simple bonjour et au revoir, c`etait mignon au debut, et puis les jours suivants, ca s`est corse". Bien que maitrisant parfaitement la langue, Laetitia ne pouvait s`empecher de prendre des notes en francais, suscitant la colere de son superieur qui exigeait que tout soit ecrit en japonais, y compris les notes personnelles, afin  de tout controler et ce jusque dans son agenda prive.

"Au debut je me suis plie un peu a ses ordres, mais lorsque ca rentrait dans le cadre du prive, la tension a grimpe graduellement jusqu`a la confrontation ou j`ai explose".

Le departement des ressources humaines, tres vite mis au courant, intervient et lui propose de la changer de section. La transition dans le nouveau departement est brutale mais ses nouveaux collegues s`efforce de l`integrer dans le moule au plus vite.

"Mon nouveau patron est un homme bien, il sait gerer les personnes et il a su me mettre a l`aise tres vite". Ses collegues, la plupart des femmes, fraternisent avec elle. L`une de ces femmes devient meme une amie, dont les liens deviennent semble t-il de plus en fort au fil des mois.

" Nous sortions souvent ensemble apres le travail pour aller boire un coup au bar. Et un beau jour, elle a progressivement evite toute nouvelle sortie avec moi . Elle m`a confie un jour, alors que je lui demandais pourquoi elle mettait cette distance entre nous,  que ses collegues avaient remarque notre amitie et que cela faisait murmurer des choses peu flatteuses a son sujet.."

Apres 4 ans dans la meme compagnie, Laetita n`a pas une seule collegue qu`elle peut appeler une amie. Tout au plus des "copines" d`occasion ou la communication s`arrete des la fin du travail.

A la question de ce qui lui manque le plus, Laetitia repond " Ce serait de me sentir moins seule au bureau et surtout de pouvoir etre moi meme, rire  quand j`en ai envie sans avoir a expliquer a mon entourage pourquoi."













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Published by Giyo Chan
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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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