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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 13:06
Mini jupe, bottes cowboy, look de coyote girl, Eriko n`a plus rien de la jeune collégienne en uniforme et socquettes blanches qu’elle était 8 ans auparavant. C`est à cette époque, profitant d`un séjour linguistique d`un mois au Canada, qu’elle découvrit un monde où le franc parler régnait, où les jeunes grandissaient dans la spontanéité et la sexualité libérée. Un monde où sa franchise naturelle ne se heurtait plus aux brimades de ses camarades.

La franchise, elle en fit sa ligne de conduite depuis l’enfance, disant ouvertement ce qu`elle aimait tout comme ce qui l`importunait. «  Elle n`est pas japonaise » disait son père, résigné, se rendant compte que sa personnalité extravertie ne pouvait s`épanouir dans son propre pays. 

Plus tard, elle avouera ce dont elle était victime à l`école. Les déjeuners passés seule enfermée dans les toilettes, les inscriptions matinales sur le tableau « Shinde Eriko » (Meurs Eriko), les aiguilles dans les chaussures de sport qui lui valurent de boiter pendant quelques semaines, les insultes quotidiennes, l`ostracisme glacial dans lequel sa classe entière la plongeait. Le souvenir d`un amour brisé par la pression du groupe, partout le rejet.

Le Canada devint sa terre d`exil. «  A Vancouver, la communauté japonaise est importante et l`entraide y est forte, il y a aussi beaucoup de métis » dit elle. Elle maîtrisa l`anglais à la perfection en une année à peine, suivant le cursus scolaire de n`importe quelle canadienne.

Elle fit la connaissance de son premier amour, un jeune bûcheron beau garçon avec qui elle découvrit tout. « Ce qui est extraordinaire ici, c`est que le système d`éducation prend en charge l`éducation sexuelle, on nous distribue des préservatifs, on nous prévient des dangers des maladies vénériennes, du SIDA et autres. Les filles ici sont épanouies, on peut parler librement du sujet et notamment ce qui nous tracasse. Moi je n`aurais pas pu parler de ça avec mes parents, ils m`auraient pris pour une dévergondée, une obsédée ». Dans sa famille, il est vrai, la sexualité est un sujet tabou dont on ne parle absolument pas.

« Je me souviens une fois à l`école, des camarades faisaient une collecte pour une fille qui était tombée enceinte à 13 ans, elle voulait avorter pour que ses parents ne le sachent pas» raconte-t-elle.

C`est à Vancouver qu`Eriko a comblé son manque affectif, rejoignant pourtant une communauté dont la réputation de la gent féminine s`affuble du sobriquet de « yellow cab ». « Parce qu`on a la réputation de changer de partenaires souvent. C`est vrai il y a des filles comme ça, mais c`est idiot de généraliser ça aux japonaises ». En 8 ans, Eriko n`aura eu que deux partenaires, dont un amour passager d`un soir.

Etudiante en design de mode, Eriko se voyait vivre au Canada pour toute sa vie. Et puis le chagrin d`amour, provoqué par l`infidélité de son partenaire, tout doucement lui fait songer qu`elle retournera peut être au Japon.

Eriko a 22 ans aujourd`hui, et bientôt ses études s`achèveront. Comme Eriko, elles sont nombreuses à fuir leur pays pour vivre une jeunesse épanouie et sans complexes, se forger un caractère cosmopolite pour ensuite revenir au bercail et fonder cette nouvelle génération de japonais dont l`expérience d`un autre monde amorce inéluctablement le changement d`un Japon qui se veut encore très autarcique.

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Published by Giyo Chan
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commentaires

alain 15/11/2008 14:25

je crois que les japonaises qui rentre au pays après une telle expérience ont du mal à se réadapter ...

un mari japonais, qui n'est jamais sorti du pays pendant plus de trois jours, c'est tout de même une autre mentalité ...

j'ai rencontré pas mal de japonaises qui vivaient ce décalage, pas évident

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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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