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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 12:29
”Gauss se mit debout, déglutit et dit qu`il ne s`était pas attendu à trouver quelque chose comme le bonheur, et qu`au fond il n`y croyait toujours pas. Le bonheur lui apparaissait comme une faute de calcul, une erreur dont il espérait seulement que personne ne la découvre. Il reprit sa place et s`étonna des regards médusés. Avait il dit quelque chose qu`il ne fallait pas ? demanda-t-il a voix basse a Johanna. Allons donc, répondit-elle. C`était exactement le discours dont elle avait toujours rêvé pour son mariage"  Daniel Kehlmann - Les arpenteurs du monde.

Un œil furtif lancé à la demoiselle en jupe courte qui nous croise, Etienne ne l`a pas ratée. Fraîchement marié, depuis 3 mois, sa concupiscence pour cette inconnue l`emplit de pensées coupables. « Jeune marié et toujours l`œil à l`affût, l`animal n`est pas encore totalement dressé ? » lui dis je sur le ton de la plaisanterie. Etienne rit mollement à cette petite pique. Cela ne fait même pas 6 mois qu`il vit au Japon et déjà il loge dans un vaste appartement, a trouvé un travail et occupe son quotidien. Tout cela grâce à Hiroko qui a tout arrangé avant leur venue. Etienne approche de la trentaine, Hiroko, elle, avoisine les 40.

Ils se sont rencontrés en France, lors d`une soirée d`amis où Hiroko avait ses entrées. Ils se sont plus tout de suite. Hiroko avait été entreprenante et Etienne, de nature timide avec les femmes, s`était laissé complètement envouter par cette beauté venue d`Asie. En deux semaines, l`un et l`autre étaient conquis. Elle propose à Etienne, sans véritables ambitions et un peu paumé en France, de l`épouser et d`aller vivre au Japon. Il lui faut peu de temps pour accepter, l`affaire est conclue. Etienne s`embarque pour le Japon en vue d`une vie nouvelle, plein d`appréhension, heureux de voir sa vie prendre un tournant nouveau à la découverte de l`Extrême Orient.

Arrivés sur place, les problèmes de logement sont déjà réglés, Hiroko possède sa propre « mansion » en plein cœur de Tokyo, un emploi à vie dans une grosse compagnie japonaise et un salaire conséquent. Etienne, ne parlant pas un traître mot de japonais, trouve de quoi s`employer auprès d`une compagnie d`investissements privés, sur présentation de sa femme.

Les week ends sont bien remplis. Chaque semaine, ils se rendent à un endroit différent du Japon pour y rencontrer des amis d`Hiroko. On lui fait découvrir la subtilité de la cuisine japonaise, assis par terre sur un tatami, noyé dans une logorrhée d`une langue qu`il ne saisit absolument pas. On l`enivre alors de shochu, de sake, en lui expliquant que chacun vient d`une région différente. Il aura retenu ce sake de Miyazaki, à la couleur trouble et aux effluves d`anis.

En si peu de temps, il aura vu bien plus que je n`aurai vu des autres régions du Japon. Un jour, invités chez lui, nous faisons la connaissance d’ Hiroko. Une belle femme à la moue réservée, parlant un bel anglais mais peu engageante en conversation. Elle nous reçoit courtoisement mais sans zèle,  prépare en silence des boissons, puis s`assied aux côtés d`Etienne, inclinant la tête vers le bas sans nous parler, pas même à ma femme, deux heures et demi durant.

La vie est ainsi réglée et Etienne ne s’en plaint pas vraiment si ce n’est à un détail près. « Ma femme m’a dit quand je suis arrivé au Japon, que si je voulais je pouvais sortir avec d’autres filles,  avoir des relations avec elles si j’en avais envie, ça ne la gêne pas et elle m’a dit qu’au Japon ça se faisait. »

Au début réticent, Etienne s’est laissé tenter avec la bénédiction de Hiroko qui cependant n’a pas envie d’en entendre parler. « Elle m’a dit qu’elle ne voulait rien savoir, l’important c’est que je sois bien ». Plus tard, il m’enverra cet email disant « qu’on a trop de bol d’être des français, c’est dingue j’ai juste à dire ma nationalité et elles deviennent trop folles ! »

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Published by Giyo Chan
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Uchimizu 06/12/2008 23:27

Je trouve cette histoire un peu artificielle, jet-set. Mais cela existe aussi.

Giyo Chan 03/01/2009 08:53


C`est vrai, vu comment le mariage est orchestre on dirait un tour organise.


alain 05/11/2008 10:00

c'est vrai que la misère affective peu prendre des formes tout à fait surprenantes dans ce pays ... ce portrait est extrême, dans le sens ou il ne concerne que peu de monde, mais tout a fait réaliste

n'oublions pas que la détresse sociale, humaine, affective et intellectuelle existe aussi sous d'autres formes peu être plus choquantes encore en europe de l'ouest ... en tous cas les nippons y trouverai certainement à redire

alain

Laurent 30/10/2008 02:36

c'est une vieille légende qui semble vouloir dire que le japon est un eldorado exuel pour pas mal d'étrangers...mais je vois pas mal d'étrangers qui ne sont pas avec des japonaises très attirantes...un peu nul comme constat et tu me diras, l'important c'est l'amour et tout. mais c'est pour dire qu'il y a beaucoup d'illusion dans ce genre de perception.
Pour la dame citée plus haut, elle est d'un cynisme rare. Ou pas.
Parcequ'elle a 4O ans et que son mari en a trente elle s'attend au pire, croyant peut-être elle aussi que les hommes finissent tous par tomber tôt ou tard dans le jupon d'une femme plus jeune...je ne sais même pas si on est encore en rapport avec le japon.
Elle doit y trouver son compte et lui aussi apparemment. c'est une manière de se faire apprivoiser gentillement.

Laurent 30/10/2008 02:02

romance ou reel personnage?
tu devrais preciser que les femmes qui qcceptent ce genre de cose ne sont pas forcément légion au Japon.
sacré Etienne, il dépend quasiment complètement de sa femme mais se laisserait bien tenté par les luxures de la liberté. Une fausse liberté qu'il risque de payer cher.
Je sais que ton article reste une interprétation mais quand même ils ont l'air glauques comme couple.
Pour le reste, dire que quand on est français elles deviennent folles, hum...les gars qui butinent à droite à gauche vont chercher là où ils sont surs de trouver quelqu'un qui a faim et veut se rassasier rapidement. C'est froid de le dire comme ça mais construire une vraie relation n'est pas plus aisé qu'ailleurs, si on se laisse aller au vrai hasard des rencontres, et pas des rencontres programées pour combler un manque affectif, faire des enfants ou obtenir la dignité par le mariage.

Giyo Chan 30/10/2008 02:12


C`est vrai que pour ce cas de figure je n`ai connu que celui la. Son email est texto !


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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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