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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 01:29

Le mariage de Yoko avait été à la hauteur de ses rêves. Grandiose, entouré de monde de la haute société, raffinée, approuvant par des tonnerres d’applaudissements l’union nouvelle et scellée de Yoko et de Koji. La pluie de pétales de roses avait été soigneusement orchestrée au moment où tous les convives pouvaient admirer au mieux le jeune couple. Yoko avait un sourire radieux, elle épousait cet homme à la présence forte, rayonnante, travaillant dans cette banque d`investissements.

 

Koji louait un appartement à Roppongi dans une tour dont on peine à compter les étages. Ils s’y étaient installés peu de temps avant le mariage. Une vue imprenable sur le tout Tokyo, un intérieur équipé des dernières folies technologiques.

 

Koji forçait l’admiration et le respect des amies de Yoko. Une continuité logique pour cette jeune femme de bonne famille, ayant grandi dans un milieu social protégé, éduquée dans l’une de ces universités catholiques qui « forment » des épouses modèles pour les étudiants de Todai.

 

Koji sortait de Waseda, un masters en business en poche et une intégration immédiate dans la compagnie où il travaille toujours.

 

Une vie où Yoko n’aurait aucun besoin de travailler et pourrait s’adonner à ses plaisirs. Ainsi ses activités au sein du club « Celeb », cette communauté de jeunes filles qui incarnent le bon goût et la préciosité, consistaient en « table coordination », l’art de dresser esthétiquement la table, et le partage de recettes de cuisines japonaises européanisées.

 

Ses amies du club lui demandent comment va son mari. Elle répond qu’il va très bien, qu’ils prévoient de partir à Hawaii pour un petit voyage d’agrément dans un hôtel de luxe. Elles se pâment et gémissent. « Quelle chance d’avoir un mari comme Koji ! »

 

Koji s’était laissé aller à une dernière folie, sans compter les cadeaux innombrables dont il couvrait Yoko : vêtements de marque, bijoux, produits de beauté, une Nissan Fuga.

 

Koji fait des envieux parmi l’entourage de Yoko. Sa position, son niveau salarial, son image prestigieuse incarnant le succès suscitent l’admiration doublée d’envie.

 

Brutalement,la crise frappe la compagnie, les actions chutent, les licenciements économiques s’enchaînent, Koji perd ses stock options et la plupart de ses investissements. L’industrie est en plein marasme et du jour au lendemain le jeune homme se retrouve sans emploi..

 

La vie de Yoko est bouleversée. Elle confie, en retenant ses larmes « Je vais être obligée de travailler, la plupart des économies étaient en actions et stock options, Koji a presque tout perdu, c’est dur ». Cette confidence, elle ne la fera pas à beaucoup. Au club « Celeb » dont elle fait toujours partie, elle excuse ses absences par des raisons familiales. Quand une réunion Celeb a lieu chez elle, il est préférable que Koji soit en dehors de l’appartement afin de convaincre l’entourage qu’il a toujours un travail.


« Un mari sans travail, au Japon, c’est très dur, les gens commencent à te plaindre et dire des choses mauvaises comme par exemple qu’il aurait mieux valu que je me marie avec quelqu’un d’autre, que je suis bien à plaindre d’avoir à me mettre au travail pour vivre »


Koji représentait un travail, un confort financier, une icône de la réussite dans une société de consommation, l’image du mari rêvé qui semblait intouchable et pouvait subvenir aux besoins de sa famille sans jamais être inquiété. Un mari parfait pour les parents de Yoko, leur ôtant le souci de la voir vivre en retrait de tout ce qu’ils ont investi afin qu’elle se trouve un mari fortuné.

 

Aujourd’hui, Koji n’est plus cet homme, victime d’une crise sans précédent que l’illusion du confort et de l’argent facile a fait germer. Etrange dilemme auquel Yoko doit faire face en dissimulant aux regards des autres les débris de l’image fracassée d’un mari qui inspirait hier l’envie de toutes.

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Published by Giyo Chan
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commentaires

alain 27/09/2008 15:31

il se lit : じ ごう じ とく

ou encore :
自 : sois-même
業 : karma
自 : sois-même
得 : bénéfice, gain, profit

le sens me semble très proche de "on n'a que ce qu'on mérite"

alain

dvorah 27/09/2008 09:53

S'il vous plait, messieurs, que dit le dicton ?

Giyo Chan 27/09/2008 13:56


Bonjour Dvorah,

Cela signifie en gros: "C`est bien fait!" (En tout cas c`est ce que me dit le dico!)


Cable 27/09/2008 03:37

Salut,

T'es sûr que c'était pas un bachelor's de Waseda? Parce qu'en sortant de leurs 4 ans d'université, ce n'est pas un master's qu'ils ont, et bien peu de gens font une 5e année, surtout juste à la suite de l'université.

Et pour quelqu'un qui travaillait dans la finance, 'il faut être bête pour voir sa (petite) fortune fondre comme ça ;) Il y a un dicton pour ça: 自業自得.

Giyo Chan 27/09/2008 03:52


Bonjour Cable,

Je suis categorique, c`est bien un masters.

Je ne connaissais pas ce dicton. Le cas de Koji est malheureux mais n`est surement pas unique, c`est une attitude redondante d`etre emporte par ce cercle vicieux qui dit que plus on gagne, plus on
ressent le besoin de depenser.


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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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