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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 16:36

Jean Daniel est arrivé par l’avion de 8h00 du matin à Narita, par un mois de septembre bien entamé. A l’aéroport, un employé de l’agence de relocation les attend déjà, s’occupant de l’envoi des bagages à la résidence louée pour la famille, quatre bambins avec Madame et Monsieur. Un minibus a été affrété pour le transport jusqu’au quartier des expatriés, à Azabu-juban. Les enfants sont surexcités, ils n’ont jamais vu autant d’asiatiques.

 

Madame inonde de questions l’agent de relocation qui les assistera pendant leur installation et prendra soin de toutes les formalités administratives et pratiques. Jean Daniel, lui, attend beaucoup de ce séjour. Son entreprise l’a envoyé ici en mission pour 3 ans dans le cadre d’une restructuration du système financier de la branche japonaise.


« Dès le premier jour, j’ai trouvé Tokyo magnifique, nous résidons dans un grand appartement  – moi qui pensais que les logements étaient petits au Japon – qui a vue sur un parc calme et la tour de Tokyo ! » L’obstacle linguistique a été surmonté dans l’entreprise. « La compagnie a mis à ma disposition un traducteur dans l’entreprise, pour ce qui est de toute la vie pratique, on nous a tout arrangé, on a le compte en banque, l’enregistrement à la mairie, le visa de fait et le contrat de location arrangé, je n’ai rien eu à faire ! L’agent de relocation nous a même indiqué dans le coin les supermarchés où on ne se sentira pas trop dépaysés ! ».

 

Dans un restaurant situé au 25ème étage d’une tour à Shinjuku, Jean Daniel s’extasie devant ce qui s’offre à lui : une œuvre d’art gastronomique dans une assiette. Madame s’est accoutumée au Japon, elle est très active dans les associations d’expatriés et la vie en communauté est riche de soirées raffinées. Les enfants se sont fait plein de copains à l’école française d’Iidabashi et parlent beaucoup de ces enfants métis qui maîtrisent aussi bien le français que le japonais. « Vous faites partie de l’association des parents de l’école française ? » me demande Jean Daniel dès notre première rencontre. Il est subjugué par le fait que je sois marié à une japonaise. « Ce sont des gens tellement gentils, tellement serviables, tous mes collègues sont d’une affabilité extraordinaire ! ».

 

Sa femme aime beaucoup le Japon, me dit il, il craignait que le changement de culture ne l’effraie mais elle a trouvé de quoi s’occuper avec les femmes d’autres expatriés. Pas d’amis japonais en revanche. « On n’a pas vraiment eu l’occasion et puis c’est vrai que la culture est tellement différente ». Il enchaîne immédiatement sur son expérience du onsen, de ce soin méticuleux que le personnel met à vous présenter le dîner, à s’assurer que vous ne manquez de rien, et puis se retrouver nu avec les collègues dans le bain brûlant. « Au début on était un peu réticents et puis on s’est lâchés, maintenant je peux aller avec n’importe qui dans un onsen ».

 

La langue japonaise est une difficulté qu’il ne veut pas tenter de surmonter, après tout, elle ne lui servira à rien, car dans 3 ans il ne sera plus là et puis rien ne manque dans son environnement pour une vie bien remplie. Il me parle des vieux temples, de Kyoto qu’il aimerait bien voir, du théâtre kabuki qu’il a vu à Ginza, de son délicieux souvenir du teppanyaki , cette cuisine si traditionnellement japonaise même s’il a encore un peu de mal avec les baguettes. Il aime la sécurité, Paris lui semble bien loin. « Se promener la nuit à n’importe quelle heure dans les rues d’une grande ville, c’est un vrai bonheur ».

 

Cela fait un an que Jean Daniel est au Japon et il ne s’en lasse pas, il a fait presque l’intégralité de ce-qu’il-faut-voir-au-Japon, mais il lui reste cependant encore une chose à faire. « Tu devrais venir à la maison avec ta femme, Marie-Sophie serait ravie de pouvoir parler pour une fois avec une japonaise ! »

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Published by Giyo Chan
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commentaires

Laurent 01/10/2008 07:19

Jean daniel et Marie Sophie, des prénoms magnifiquement bien choisis...

Theo 29/09/2008 11:10

C'est un peu triste de rester entre français.
Mais, sans parler la langue c'est difficile d'aller plus loin avec des japonais.
En tant que touriste, je me suis fait abordé plusieurs fois à Tokyo, mais ça ne durait guère plus de 5 minutes faute de pouvoir communiquer (en plus de ma non connaissance du japonais, il y a le fameux faible niveau d'anglais des japonais).
Apprendre le japonais, n'en déplaise à certains, n'est pas chose aisée (ce n'est pas la simplicité de l'anglais). De plus si je me place au niveau de ce Jean Daniel, il faut bien se rendre à l'évidence que dans sa situation, on apprend moins facilement (il n'est plus dans la fleur de l'âge de l'apprentissage, il travaille, il est occupé,et en plus, il n'est que de passage... pas très motivant)...

Shizuka 17/09/2008 14:48

Merci de votre commentaire Kakinda, je crois qu'il faut éviter d'étiqueter les Japonais comme étant "hermétiques", je trouve que le mot est trop fort.

C'est tout à fait vrai, et les Japonais le reconnaissent eux-mêmes, que beaucoup de Japonais manquent d'aisance quand ils se retrouvent face à des étrangers, surtout quand ils ne maîtrisent pas la langue de leur interlocuteur (ou l'anglais), et sentent qu'ils vont avoir du mal à communiquer.

Cela les rend un peu "farouches" vis-à-vis des étrangers, ou empruntés, et cette attitude peut passer pour de la froideur, surtout si on compare avec d'autres peuples qui sont tout de suite très à l'aise, même avec les étrangers.

Je pense qu'il faut un peu de temps pour "apprivoiser" certains Japonais, et c'est vrai que quand on est expat, et qu'on est au Japon essentiellement pour son travail, ce n'est pas facile de se faire des amis, surtout si on ne connaît pas la langue.

Les jeunes Japonais connaissent surtout l'anglais écrit, mais ils manquent pour la plupart d'entraînement à l'oral, et donc ne se sentent pas à l' aise dans cette langue.

C'est un peu contradictoire, mais les personnes âgées, surtout à la campagne, se montreront souvent moins timides avec les étrangers, et n'hésiteront pas à engager la conversation, même sans connaître l'anglais!

Pour ce qui est des expats, il y en a qui ne cherchent pas à s'intégrer à la société locale, et qui n'ont comme contact avec les autochtones que celui qu'ils ont avec leur personnel de maison (j'ai eu des témoignages d'expats vivant en Amérique Latine qui n'étaient pratiquement jamais sortis des quartiers pour expats).

Cela peut nous paraître très dommage, certes, mais tout le monde n'a pas les mêmes motivations.

Thomas 17/09/2008 04:37

Beau portrait.

Le Japon peut offrir à certains expatriés tous ses avantages. Si d'un côté certains étrangers ici n'ont pas l'envie pour s'intégrer au maximum (apprendre la langue, connaître des Japonais), peut-on leur reprocher ? Quand on peut choisir, pourquoi se priver ?

Les Japonais sont les premiers surpris de savoir que l'on peut apprécier leur pays, parler leur langue. Avec de la volonté et un peu de temps, chaque jour, régulièrement, on peut apprendre le japonais et le parler et avoir un vocabulaire plus fourni que certains jeunes d'ici.
La bonne qualité du service, le bon accueil, ça favorise le bien-être ici, pas l'intégration.

Kakinda 15/09/2008 20:31

Cher Shizuka,
Je n'ai pas dit que les expats n'étaient pas responsables (du moins en partie) de cette incompréhension, ce décalage et cette distance... sans doute qu'il a aussi des torts partagés parfois (y compris le paternalisme de jésuites, puisque l'on parlait de F-Xavier, et vous devez savoir que cela ne s'est pas très bien terminé, les jésuites portugais étaient pourtant versés dans les langues orientales dès leur arrivée et depuis ils avaient appris le japonais)... mais il me semble que seule langue ne peut pas justifier cet écart...
certes le japonais est complexe mais je crois qu'il soit plus complexe que les langues khoisan, certains langues finno-ougriennes, ici même en Europe, etc... aujourd'hui la jeunesse si elle le souhaite peut communiquer en anglais... ou je dis une connerie là?... j'ai vécu dans un milieu international et j'ai eu du mal à approcher japonais et coréens et pourtant je n'ai aucune antipathie à leur égard. Ils ne souhaitaient pas toujours parler en anglais bien qu'il connaissaient les rudiments de cette langue puisqu'ils travaillent -comme moi - essentiellement en cette langue.
J'ai l'impression qu'il a parfois d'autres formes de blocages -parfois involontaires - qui peuvent se justifier. Peut-être ce qu'est notre façon d'aborder les japonais... peut-être que c'est une réserve naturelle, je ne sais pas et en fait je suis juste curieux et je ne cherche pas à juger.
Dans l'exemple présent il est certain que les expats y sont pour beaucoup, mais est-ce toujours le cas?

Peut-être que certains cultures sont plus facilement compatibles -je n'en tire aucunement la conclusion qu'elles sont mieux pour autant - pour en venir aux portugais qui ont connu toutes les côtes du monde il est certain que passé la mer de Chine les contacts étaient plus difficiles... vous me direz que ce fut la piraterie...
Ces mêmes jésuites qui arrivèrent au Tibet qui était à l'époque l'un des royaumes les plus repliés sur lui-même ont rapporté parfois plus d'échanges... mais surtout l'Inde, la Malaisie etc... le Japon est perçu comme plus inaccessible... peut-être à tort... j'en sais rien mais je suis curieux et j'ai quelques regrets de n'avoir pas sur communiquer avec mes collègues japonais à l'époque!

Bien d'accord avec Sassie, la simple curiosité devrait suffire, moi j'aimerais apprendre le japonais malgré l'évidente inutilité dans mon cas...

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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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