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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 01:59

Umi


Umi est une jeune fille de la campagne, originaire d’Odawara qu’elle a quitté, à 20 ans, pour Tokyo.  Ses parents, il y a maintenant 2 ans qu’elle n’en a plus de nouvelles. De temps en temps, elle correspond avec sa petite sœur, souffrant depuis l’enfance de ce syndrôme qui la plonge dans une tétanie paralysante, le « Panic Syndrom ». «  Mes parents ont des disputes d’une extrême violence, ça a commencé quand elle était toute petite. Moi, j’en ai eu marre de rester ». Alors elle a pris le large pour vivre seule. Ses études arrêtées au lycée, Umi a exercé des petits boulots comme serveuse au restaurant, office lady et le soir, hôtesse dans un bar de Tokyo. Autodidacte et volontaire, Umi ne mène pas une vie facile.

 

Son niveau de vie lui permet tout de même de s’adonner à sa passion : la danse classique qu’elle a commencé à l’âge de 10 ans, au temps où tout allait bien entre ses parents. On est surpris d’entendre cette jeune fille parler aussi bien, avec douceur et sans vulgarité. Jeune femme au sourire gracieux, bouille de petite fille immature, Umi, comme toutes celles de son âge,  recherche l’homme idéal.  Elle a 28 ans, âge auquel le temps lui semble déjà bien avancé et où elle craint déjà le déclin du charme et de la beauté.  

Elle a entendu parler du rêve étranger, du bonheur de se marier avec un occidental et de se voir enlever vers un pays où tout ce quotidien n’existe pas. Cet Australien pourtant, sans manière aucune, promenant ses mains dans les moindres recoins de son corps, à la sueur âcre et au tempérament indécent, démonstratif en public, a détruit jusqu’aux fondations de ce rêve. Elle sait désormais qu’elle restera au Japon et qu’après tout, on peut ne pas y être si mal si on le veut.

 

Aujourd’hui, ce brave garçon, consultant en pachinko, de 10 ans plus âgé, rentrant tous les jours très tard , lui a donné un foyer, rompant un peu cette solitude.« Il travaille très dur, mais il ne m’aide pas du tout. Dès qu’il rentre pour dîner, je dois le servir. Un jour je lui ai servi un pudding que j’avais préparé. Son seul mot a été « cuillère ». J’avais oublié de le lui apporter. »

 

Keiko

 

« De toutes façons, il y a un divorce toutes les deux secondes alors si on divorce, ça n’a rien d’extraordinaire » dit Keiko à ses amies, après l’annonce de son futur mariage. Fataliste, Keiko qui évoque le malheur avant même qu’il ne pointe à l’horizon. Comme ses amies, Keiko a fait la même université, une université catholique non mixte où les filles de bonne famille apprennent à devenir de bonnes mères et épouses. « Les hommes sont des enfants, les épouses sont leur mère de substitution » a dit le professeur Kanai. 

 

Et mieux vaut être mariée avant 30 ans, car ensuite, la recherche d’un mari s’avère de plus en plus difficile.  Keiko a 28 ans, la plupart de ses amies sont déjà mariées, l’une d’entre elles va même bientôt accoucher. Enfant d’une famille très aisée propriétaire d’un ryokan, –  hôtel traditionnel japonais –, Keiko ne s’est jamais fourvoyée avec le menu fretin. Mais la voici toujours célibataire et le temps passe…

 

 Employée dans une agence de voyages, elle se prend d’affection pour ce jeune collègue qui n’est pas si vilain garçon. Lui d’ailleurs est plutôt entreprenant. Ca tombe bien pour Keiko, elle aussi est pressée.  6 mois plus tard, ils se disent qu’ils devraient peut être se marier. Lui est d’origine très modeste,  quant à elle, l’avenir est assuré pour encore au moins quatre générations. Les parents de Keiko s’opposent à ce mariage, mais les grands parents, eux, l’approuvent. « S’ils viennent vivre ici, ils ne manqueront jamais de rien ». La condition est posée. La fille ne quittera pas son foyer, c’est le mari qui viendra s’y installer.

 

Une cérémonie comme à Las Vegas est organisée en petit comité à Hawaii. Une robe de mariée empruntée, un « prêtre » de circonstance, la famille oublie de sourire sur les photos du mariage.  C’est tout.

 

« J’aurais préféré un autre garçon mais bon, lui il est gentil donc ça va, et puis je l’aime bien quand même » dit Keiko, aujourd’hui enceinte de 8 mois.

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Published by Giyo Chan
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Theo 29/09/2008 10:41

J'ai connu une japonaise qui voulait se marier avec moi. Vivre à Paris, sortir enfin du Japon si oppressant à ses yeux, voilà ce qui lui importait. Amoureuse de moi ? Elle m'aimait... bien. Un peu comme le gars de votre Keiko, elle me trouvait gentil, ce genre d'homme que les femmes adorent mais n'aiment jamais d'amour. Bienheureusement pour moi, ma raison a pris le dessus et je me suis aperçu que l'essai de vie en communauté à Paris tournait au vinaigre, constatant que la demoiselle si retenue au Japon, se lâchait en France. Elle connaissait déjà quelques amis masculins sur Paris. Et je me rendis vite compte qu'elle couchait avec eux. Certes j'ai le défaut de ne pas être un Brad Pitt ou un David Beckham (je ne suis pas une mocheté non plus). Et si au Japon, elle se contentait de moi, une fois en France, elle avait accès à des français aux physiques plus avantageux et tout autant avides de petites asiatiques. Bref, devant ce cocufiage annoncé, je mis un terme à notre relation. Ce qui la laissa dans un certain désespoir, car ses autres amis si friands de galipettes avec elle n'envisageaient pas de vivre avec.
Ca ne s'est donc pas terminé comme votre Keiko ;)

jaranne 02/09/2008 20:19

On peut se marier, partout dans le monde, pour des tas de raisons, par amour, par intérêt, par peur de la solitude, par l'envie d'avoir des enfants face au temps qui passe et l'échec est possible dans chacun de ces mariages, alors pourquoi pas le choix de Keiko ?

laurent 01/09/2008 03:50

tes histoires doivent faire peur à certains. Je connais quand même des couples qui se sont mariés par amour et pas par connerie.

Giyo Chan 01/09/2008 04:32


Bonjour Laurent,

Moi aussi j`en connais egalement heureusement,  j`en fais meme partie !


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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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