Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 09:46

La vie n`est pas toujours aussi belle qu`on le souhaiterait, mais elle n`est pas aussi moche qu`on pourrait le craindre.

Cela pourrait s’appliquer à ce personnage si spécial qu`est Georges. Comme beaucoup d`entre nous, il est arrivé, une épouse japonaise au bras, nostalgique de son île natale et ne tenant plus au rythme de la vie française. Ils se sont rencontrés sur internet, se sont vus et plus, se sont aimés et mariés. Georges ne parle pas un traître mot de japonais, ni d`anglais d`ailleurs, et son français n’est pas toujours compréhensible. Mais il est là, sur son vélo, en costume, son éternel costume bleu marine et sa cravate rouge, pédalant, sourire aux lèvres, dans les rues de Tokyo. En 5 ans, Georges a fait plusieurs  métiers, 6 mois dans une banque, 3 mois dans une autre, déménageur, chasseur de têtes, recruteur et professeur de langues.

Il s`est fait jeter de ces boulots à chaque fois comme un malpropre. « La compagnie n`allait pas bien, ils ont du licencier beaucoup de gens dont moi ! » A ce train, c`est une hécatombe économique, mais Georges s`en fout, la réalité est peut être toute autre, en ce qui le concerne la vie continue.

Même si sur le plan privé, ça n`est pas la joie « L`autre (sa femme) a essayé de divorcer 2 fois mais pour ça je dois signer le papier et je signerai pas et toc ! » donc c`est une vie pleine d`étincelles qui l`attend à son retour. La dernière fois, elle était au lit avec cet ami tunisien dont le nom lui échappe « Je suis parti manger dehors parce que ça me disait pas trop de rester avec eux deux ». Mais le plus grave arrive le jour où un Georges tout contrit me dit « Elle a balancé l`alliance par la fenêtre hier, alors là j`ai pas apprécié ! »L’index autoritaire levé, signe de colère et de réprobation.

Après les plans adultères, les tentatives de divorce administratif et la rupture ultime avec la disparition de l`alliance, Georges ne bronche toujours pas. « Sa mère me trouve très patient avec elle, il faut dire qu`elle est un peu cinglée, je crois que son père l`a violée quand elle était petite ou un truc dans le genre ». Georges insouciant et chaleureux.

Cependant un jour le divorce est entamé « Décidément elle est trop cinglée, elle a balancé toutes mes affaires par la fenêtre et j`ai du appeler un copain pour tout débarrasser ». Une semaine plus tard, on le vire de son énième emploi. Georges est choqué, cette mesure est inexplicable.

Mais Georges surmonte, se reloge, écume les salons de recrutement, les compagnies de chasseurs de têtes, en vérité toutes les compagnies et le cycle reprend, mais cette fois sans l`autre folle.

Des vicissitudes survenant dans la vie de l`homme contemporain, peu de gens les subissent avec autant de nonchalance et d`indifférence que Georges.

Si pour le plus simpliste des hommes la vie continue ou peut repartir de zéro, si être naïf  préserve du souci de la norme ou du souci tout court, serait-ce une forme de sagesse qui souffle aux consciences meurtries ou dépitées qu`au fond, la vie n`est jamais vraiment sérieuse, et que l`on gagne à se laisser vivre ?

Partager cet article

Repost 0
Published by Giyo Chan
commenter cet article

commentaires

Laurent 18/08/2008 04:20

Il est cool georges, je vote pour lui .
tu crois qu il va reussir a rester au japon?

Giyo Chan 18/08/2008 04:31


Bonjour Laurent,

Il y est toujours en tout cas! De façon générale, réponse plus précise lorsque j'aurais écris plus d'articles sur des sujets annexes, je pense qu'il sera possible de mieux appréhender la société
contemporaine japonaise. Merci pour ton commentaire !


jaranne 17/08/2008 16:38

Une vie au jour le jour,ballottée à droite et à gauche, Georges se laisse porter par le courant sans se poser de questions, fonde une famille sans trop savoir pourquoi, j'espère qu'au moins il a aimé sa femme, il traverse l'existence dans une sorte d'indifférence ; est-ce un lâche, un dépressif ou un parfait idiot ? J'opterais pour la 1ère option, peur de décider, peur d'affronter...

Giyo Chan 18/08/2008 04:29


Bonjour Jaranne,

Je dirais qu'il est un peu de la première et de la troisième option. L'archétype de l'imbécile heureux mais qui, mine de rien, s'en sort remarquablement. N'est ce pas une chose étonnante qu'un
homme sortant de la norme, hermétique au souci et aux malheurs qu'il accumule, parvienne encore à s'en sortir ? Je pense qu'il y a également une certaine "force" qu'il a acquise à tant supporter de
mésaventures sans être brisé. Merci pour votre commentaire !


Présentation

  • : Les autres Japonais
  • Les autres Japonais
  • : Exploration sociale de la vie d'un étranger au Japon
  • Contact

Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

Ecrire à l'auteur

Archives