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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 13:38

Ce n’est pas son nom de  naissance, ni celui de son état civil, c’est le nom auquel elle a décidé de s’identifier. Melody, 30 ans, ne vit pas dans le luxe. Vêtue comme une baba cool, T-shirt ample bariolé de grosses fleurs, cheveux dégringolant en désordre, avec elle, c’est le temps des yéyés qui dure, comme un printemps refusant de céder aux autres saisons. Son époque, c’est les sixties, où les voix de Gainsbourg, Jane Birkin, France Gall et Hardy résonnent en boucle dans son studio.

Elle a l’air ahurie le matin, en se rendant au travail, un poste d’intérim dans une boîte de télémarketing. Ni futée , ni vraiment jolie, Melody est néanmoins d’une gentillesse naïve. Elle marche dans les rues chaque matin, accoutrée bizarrement, sous le regard des passants éberlués. Les nuits sont courtes, elle dort peu , fume, boit, un peu trop même. Parfois sans raison au milieu de la nuit, l’envie lui prend de se lever et d’écouter un 33 tours de Chantal Goya avant son époque de chansons pour enfants. Au matin qui pointe, la bouilloire siffle , un café fort la sort de ses rêveries, sur le tempo de Françoise Hardy qui chante « Tous les garçons et les filles de mon âge ».

Ces garçons que justement elle rejette. « Je n’aime pas les garçons japonais, ils ne m’ont jamais bien traitée ». Voilà 5 ans que Melody vit loin de la tendresse d’un baiser, d’un toucher. Elle n’aime que Gainsbourg et la France. Toutes ses affaires, aussi farfelues les unes que les autres, aux coloris grossiers, passant du vert pomme au rose bonbon, sont couvertes d’étiquettes en français. La sienne, c’est Melody Nelson. Elle aurait voulu être cette fille qui périt dans cet accident, scellant pour toujours un amour non consommé que Gainsbourg lui aurait porté. Melody, bien plus que la tendresse, recherche l’éternité d’un amour dans le rêve d’une fiction, la mélodie d’une chanson.

Ce rêve la transforme en la plus zélée des guides. Ce jeune français qu’elle a accueilli, elle l’a conduit aux endroits où elle ne mettait jamais les pieds avant. Le château d’Osaka, le vieux temple de Nara au parc peuplé de biches et de faons apprivoisés. Elle prend comme chaque jour ces innombrables photos qui  racontent sa vie. Une vie bien peu remplie, sinon d’ennui. Ce jeune français sera sur l’une de ces photos, nourrissant ses romans qu’elle ne vit que par la voix de Gainsbourg. Des filles comme Melody se comptent par centaines de milliers. Ces filles aiment rire même si elles ne vont pas fort à l’intérieur. Elle savent ce qui fait mal et elles l’évitent.

Melody, elle, l’évite tant qu’elle rêve de Melody Nelson. Mais Gainsbourg est mort et Melody, dans la chanson meurt aussi. Les rayons de soleil, elle n’y croit plus, sauf ceux qui chauffent la carapace de sa petite tortue Pochi, avec lequel elle joue des nuits entières, le seul ami qui lui ait prouvé sa fidélité.

Sans entrevoir un quelconque avenir professionnel, Melody vit au jour le jour. Elle ne grandit plus, le temps s’est arrêté aux sixties.

En dépit de sa simplicité, que l’on n’oublie pas l’être fragile qui se cache, qui rêve de pas grand-chose, sinon de passer à autre chose, sous des dessous fleuris et colorés, se cache aussi une tristesse morbide, que l’alcool, le tabac et l’insomnie distillent bien futilement. A défaut de tendresse, Melody refuse d’y penser et sa peluche Snoopy devient le seul amant avec qui elle s’autorise une étreinte.                                                
Elle se contentera de se ballader, à Kyoto, à Kobe, à Shinsaibashi, le quartier des fillettes, dans le coeur d'Osaka, avec la prochaine curiosité qu’elle aura trouvé sur internet. Chaque fois, le cœur battant de trouver celui qui comme Gainsbourg, emmènera sa Jane dans un monde de musique et de poésie.

 

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Published by Giyo Chan
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jaranne 06/08/2008 14:15

Cette pauvre fille, quels que soient son choix et ses fantasmes, mérite plus notre indulgence que notre pitié, après tout fantasmer sur Gainsbourg et ses chansons, sa poésie, n'est pas déshonorant !! Craignons plutôt son vide affectif.
Continuez

kakinda 06/08/2008 12:59

Tu est critique, disons plutôt avec Gainsbourg son temps s'est arrêté aux années 80 quand celui-ci brûlait encore des billets de 500 balles pour protester contre l'impôt...
enfin, 500 balles cela aurait fait pas mal de bouffe à l'époque pour les futurs restos du coeur!

Enfin, voilà quelqu'un qui aurait apprécié le bouclier de fiscal de Sarko! Néanmoins, cela n'a pas été suffisant pour "récupérer" Johnny paix à son âme.... ou à son contrôleur fiscal puisque l'on vient de m'informer qu'e le chanteur icône momifiée vivante serait toujours... vivant...

Bref, je m'égare.

Curieux ton personnage vit comme dans un bulle et dans un temps d'un France imaginaire? connait-elle la France ou juste ces clichés comme nous le japon?

Une gaijin japonaise dans son propre pays pour ainsi dire...

Merci de nous faire connaître le revers de ce Japon... si exotiquement français!

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Chroniques sociales d'un français au Japon

 

Un jour ou l’autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. Nos morts ne seraient pas annoncées à la radio, ni à la télévision. Il n’y aurait pas de notices nécrologiques dans le New York Times. On n’écrirait pas de livres sur nous. Cet honneur-là est réservé aux puissants et aux célébrités, aux gens d’un talent exceptionnel, mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ?" - Paul Auster - Brooklyn Follies 

Chers lecteurs,

Bienvenue sur les autres japonais. Vivant au Japon depuis plus d'une dizaine d'année, j'ai commencé ce blog en 2008, afin de partager avec vous une expérience du Japon au travers des autres, les proches, les inconnus, les rencontres fortuites, parfois un compagnon de voyage dans un train, tous ceux et toutes celles qui dans un regard, des mots prononcés, des attitudes, ont laissé entrevoir un peu de leur vérité.

Les autres japonais n'a qu'un thème central, celui de vous parler de ceux dont on ne parle pas au Japon, ceux que l'on ne regarde pas, que l'on ne voit pas et que pourtant nous croisons tous les jours.

Je vous souhaite une bonne lecture. 

Giyo Chan

 


 

 

 

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